• Les premiers maux

     

     Les premiers maux

     

    Ce fut plus un hurlement qu’un cri qui sortit de la gorge de la jeune Dryade. Les plus jeunes d’entre elles étaient toutes très expansives dans l’expression de leurs sentiments. Surtout pour tout ce qui leurs étaient négatif. Souvent les autres peuples disaient qu’elles aimaient par dessus tout qu’on les plaigne Mais cette fois, la plainte était justifiée. L’équilibre de la forêt était en grand danger, chose insupportable pour une Dryade, créature issue du bois et l’essence de plantes. La faune avait été profanée.

    La Vieille Dryade avait ressentie la douleur en entendant le cri de sa jeune sœur des bois.

    Elle descendit de son arbre refuge et alla à sa rencontre. Un Humain en la voyant ne lui aurait pas donné plus de trente ans. Mais elle avait plus du triple. Combien exactement, elle n’aurait pas su le dire avec exactitude, car les Dryades ignoraient leur âge propre. Dès qu’elles devenaient “adulte’’, leurs comportement changeait du tout au tout. Elles devenaient alors austères, posées, inexpressives à l’instar de leurs pères-créateurs : Les Elfes. Elles devenaient “ les Gardiennes de la forêt.’’

    -Qu’y a-t-il petite sœur ? Demanda-t-elle doucement à sa jeune sœur des bois étranglée par le chagrin, qui s’était lovée entre les racines d’un arbre.

    Voyant que l’autre ne parvenait pas à s’exprimer, elle posa tendrement ses mains sur chacune de ses épaules afin de la redresser, et quand elle fut enfin debout, elle lui assena une violente paire de gifle.

    -Et maintenant, dis moi ce qui ce passe ! demanda-t-elle avec autorité.

     

     *****

     

    La journée avait si bien commencée. Comme toutes les autres journées en fait. C’était une superbe journée de printemps avec ses arbres fruitiers en fleurs et ses chants d’oiseaux qui font aimer la vie.

    La paix était revenue entre les races depuis que la responsabilité des Dryades avait été révélée. Les Haut-Rois les avaient punies d’une façon un peu singulière. Elles trouvaient moins de mâles consentants depuis qu’elles étaient condamnées à avoir l’air de gamine. Et pas questions d’en capturer ! Il leurs fallait attendre l’âge de quatre-vingts ans au moins avant d’avoir l’air de toutes jeunes filles. Elles vivaient cachées dans leur sylve. Au fil des générations, elles s’étaient mise à craindre les Elfes en particuliers les Elfes sylvestres qui étaient leurs créateurs. Elles les respectaient et elles les craignaient terriblement. La fête du pardon-des-Hauts-Rois était devenu une épreuve pour les petites Dryades, un rite d’initiation marquant la fin de leur enfance, un rituel auquel elles devaient ce plier et qui les effrayait car elles savaient que si elles échouaient, le roi des Elfes sylvestres avait l’obligation de les détruire. Et comme cet ordre venait des Haut-Rois…Bien sûr, cela n’était jamais arrivé. Mais chacun se gardait bien de le dire aux petites filles car les Dryades avaient un caractère épouvantable. C’était une communauté majoritairement féminine. La naissance d’une Dryades mâle était un événement exceptionnel et une union entre Dryades étaient étrangement stérile ce qui expliquait leur absence. Les mâles quittaient la sylve pour trouver une partenaire. Eux, n’étaient pas maudits et ils atteignaient l’âge adulte.

      

    Un petit groupe de cinq Elfes jeunes et insouciants profitait des premiers soleils printaniers. D’une moyenne d’âge de trois cents ans, ils étaient très jeunes et encore un peu fous. Les jeunes Elfes mâles avaient aux printemps, quelques ardeurs qu’ils avaient de grandes difficultés à réfréner. Disons franchement qu’ils étaient quelque peu émoustillés.

    S’ils prétendaient querir quelques herbes sauvages aux vertus médicinales connus seulement des Elfes, ils ne cherchaient pas vraiment à s’en procurer. Ils n’étaient en fait pas contre une entrevue avec des Dryades, histoire de parfaire leur propre éducation.

    C’était des Elfes de la clairière. Leurs maisons se fondaient dans le paysage. Elles ressemblaient à de petites collines. On y voyait qu’un rassemblement de dunes de terres recouvertes d’herbe et de fleurs. Ils trouvaient leur nourriture dans la forêt de feuillus entourante qu’ils soignaient.

    L’endroit était protégé par la magie et il fallait être un Elfe pour reconnaître là un village habité.

    L’entée des demeures était invisible pour des non-Elfes. L’intérieur était très vaste et éclairé par des pierres lumineuses et scintillantes.

    Ils avaient créés des plantes qui leur permettaient de se nourrir simplement. Des fruits et des légumes, telle était la subsistance essentielle des Elfes. Aucun Elfes de quelque peuples qu’il soit ne se nourrissait de viande.

     

    Les jeunes Elfes inconscients savouraient le bonheur de cette période paisible, discutant en plaisantant sur une rencontre “fortuite’’ avec une Dryade.

    -Quelle chance de ne pas être des Sylvains mes frères.

    -Pourquoi dit tu celà petit frère ? Que reproches-tu à nos coussins des bois ?

    -Rien du tout. En fait les Dryades en ont une peur terrible. Alors pas questions de rencontres pour eux.

    -Rencontre ? En voilà un drôle de mot pour désigner tu sais quoi.

    -Tu crois vraiment, que ces charmantes personnes seraient enclines à …ceci ?

    -Bien sûr, elles n’attendent que ça en fait

    -Mes frères je suis choqué, choqué, par ce genre de langage de la part d’Elfes. Si vos pères respectifs vous entendaient…

    -En voilà un moralisateur. Tu es comme nous pourtant : tendu comme un arc à cause du printemps.

    -Comme un arc, la flèche en avant.

    Un sourire éclaira leurs visages. Les Elfes ne rient jamais aux éclats.

    -Mais ces Dryades, sont-elles végétales ou animales ?

    -Les deux à la fois je crois.

    - Est-ce bien décent cette rencontre ?

    Cette réflexion amusa beaucoup les autres Elfes légèrement plus âgés que leur ami.

    -Vous êtes bien sûr que cela ne représente aucun danger ?

    -Bien sûr que non.

    -Aucun danger alors ?

    La réponse ne vînt pas de ses compagnons : la lame glacée s’ablatît sur sa gorge. Il ne lui fallut qu’une fraction de seconde pour comprendre l’horreur qui lui arrivait juste avant de mourir. Ses compagnons se saisirent de leurs arcs et décochèrent plusieurs flèches avec une rapidité si particulière aux Elfes, mais celle-ci n’eurent aucun effet sur les assaillants. Des créatures hideuses et nauséabondes ne semblant ressentir aucunes douleurs. Ils n’appartenaient à aucune race et étaient dotés d’une force colossale. Ils les massacrèrent à une vitesse terrifiante en les mutilants et en ricanant. Ils ne restaient plus que deux survivants, dont le plus jeune. Les créatures avaient pris grand soins de les laisser intactes. Les deux Elfes capturé furent vite couverts de chaînes au milieu de ce qui restait de leurs compagnons dont les corps en morceaux saignaient encore.

    L’une des créatures pris la parole et grogna :

    -Lequel ?

    Et un autre s’approcha du plus jeune Elfe qui se nommait Ithâr et dit :

    -Celui-ci !

    Il lutta un faible instant puis resta droit et stoïque, se laissa emmener, résigné.

    La créature s’approcha de celui qui restait et demanda :

    -Quel est ton nom ?

    -Je me nomme Lirias, fils d’Akoras et D’Eliwen. Répondit-il dignement.

    -Et bien, Lirias fils d’ Akoras et d’Eliwen, c’est ton jour de chance. Nous allons t’épargner, tu es libre de partir.

    Lirias sentit le piège et la crainte en lui mais il n’en montra rien.

    -Mais avant, lirias fils d’Akoras et d’Eliwen. Je vais te faire un “cadeau’’…C’est terrible à voir n’est-ce pas ? Alors je vais te soulager !

     Et tirant un poignard de sa manche, il le prit par les cheveux et il lui creva les yeux. Son cri résonna dans toute la forêt accompagné par celui d’Ithâr horrifié :

    -NOOOON !!!

    -Toi tais toi ! Ou tu subiras le même sort ! Emmenez-le !

    Il ne dit plus rien et se laissa emmener. Plus tard, il regretta de ne pas avoir subit le même sort que son ami.

     

    Lorsqu’il revint à lui Lirias ne ressentit que la douleur. Et pire encore que la douleur, il comprit qu’il était irrémédiablement aveugle. On lui avait ôté les chaînes pendant qu’il était inconscient. Il essaya de se relevé, mais dès qu’il essayait de bouger l’une de ses mains, elle tombait inévitablement sur un morceau de corps de se compagnons que les assaillants avaient déposé exprès tout autour de lui. Une tête, un pied, une main, un morceau de bras ou de jambe qu’il repoussait à chaque fois fébrile et accablé par tant de cruautés. Même ses ancêtres maudits par les Hauts-Rois n’avaient pas été aussi abjects.

    -A L’AIDE ! Par pitié … à l’aide.

    Il parvint à dégager le sol et pu enfin avancer sur un sol libéré. Il buta contre un arbre, et s’en servit pour se relever. Il l’enlaça longuement comme s’il s’agissait d’un ami.

    -Au secourt mes frères ! Aidez-moi !

    Il lâcha l’arbre et essaya d’avancer à tâtons les bras tendu devant. Par trois fois il butta contre une racine, par trois fois il tomba, et par deux fois il se redressa.

    -JE SUIS UN ELFE !  UN ELFE! cria-t-il pour lui-même en martelant le sol de ses poings. Les Elfes ne flanchent jamais ! Jamais !

    Puis il entendit des pas s’approcher de lui :

    -Qui est là ? Répondez !

    Il ressentait à la fois la peur et l’espoir avançant à quatre patte, tendant un bras en avant, tantôt le droit tantôt le gauche. La douleur était insupportable, le chagrin aussi.

    Alors que le désespoir s’emparait de lui, il sentit la mâchoire d’un animal se refermer sur son poignet. Les dents pointues lui firent tout de suite penser à un loup. L’animal tira doucement sur son poignet sans resserrer la mâchoire. Il se redressa, le loup lâcha sa prise et marcha à ses cotés, doucement et assez près de lui pour qu’il puisse sentir sa présence contre sa jambe.

    Et c’est ainsi que Lirias fils d’Akoras et d’Eliwen pu rentrer chez lui.

     

    Le conseil des sages >>

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